- BLOCH (M.)
- BLOCH (M.)BLOCH MARC (1886-1944)Partant pour la Grande Guerre, Marc Bloch laisse l’ébauche d’une thèse de doctorat, d’un propos déjà neuf: une étude des populations rurales d’Île-de-France à l’époque du servage; dès le retour, il la soutient, telle quelle (Rois et serfs , 1920). Il enseigne longtemps à Strasbourg, puis à Paris; victime des mesures racistes, il entre dans la clandestinité en 1942 et continue d’écrire sous le pseudonyme de Fougères; à la libération de Lyon, dans l’été 1944, on découvre son cadavre dans un charnier de résistants récemment abattus.L’Étrange Défaite (1946) et Apologie pour l’histoire (1949), tous deux posthumes, sont deux livres remarquables de réflexions étonnamment lucides sur l’événement majeur qui bouleversa l’existence de Marc Bloch et, d’autre part, sur les exigences particulières du métier d’historien. Mais c’est d’autre manière que ce savant a marqué l’évolution des sciences humaines, et d’abord par trois ouvrages. Dans Les Rois thaumaturges (1924), Marc Bloch, qui veut montrer comment naît, se développe et se maintient pendant des siècles la croyance dans le pouvoir guérisseur des rois, expérimente la méthode comparatiste qu’il emprunte à ses maîtres linguistes et inaugure l’étude des phénomènes des mentalités collectives. En 1931 paraissent à Oslo les Caractères originaux de l’histoire rurale française , synthèse magistrale de tout l’acquis de la recherche allemande sur la génétique florale et la toponymie, des travaux conduits par les historiens du droit relativement à la seigneurie, à la dépendance personnelle, à la famille, enfin des brillantes conquêtes récemment opérées dans l’analyse des paysages par l’école géographique française. Ici s’affirment l’intention de pluridisciplinarité, le recours, par l’étude notamment des plans parcellaires et des cadastres, à la méthode régressive, l’attention portée à l’évolution des techniques, de l’occupation du sol, de la population. Enfin, La Société féodale (1939-1940) est sans doute la première tentative d’un historien pour étudier dans sa totalité une formation sociale, depuis ses soubassements économiques jusqu’aux rituels qui gouvernent la reproduction des rapports sociaux, en dégageant l’armature maîtresse de cette formation, en délimitant l’aire chronologique et géographique où elle s’est déployée, en caractérisant les phases de son évolution et ses particularités régionales.D’autre part, plus efficace encore que ces trois livres semble bien l’entreprise de stimulation critique allègrement menée pendant douze ans dans les Annales d’histoire économique et sociale , que Marc Bloch fonda en 1929 avec Lucien Febvre. Il y publia d’importants articles et surtout quantité de notes de lectures et de comptes rendus critiques, dont l’influence méthodologique s’est prolongée longtemps après la mort de leur auteur. Moins combatif que Lucien Febvre, moins novateur sans doute, plus classique, moins largement ouvert aussi aux jeunes sciences de l’homme dont le vif développement poussait dans les années trente les disciplines historiques à se rajeunir, Marc Bloch imposa décidément, en France et dans le monde, une notion de l’histoire comme science de l’homme social et comme étude conjointe de l’évolution économique, juridique et mentale des sociétés humaines.
Encyclopédie Universelle. 2012.